L’unité de puissance surprend dès sa première saison
Christian Horner estime que le moteur développé par Red Bull Ford constitue la partie la plus impressionnante du package utilisé par l’écurie autrichienne en 2026. Malgré les difficultés rencontrées par la RB22 sur certains circuits, l’ancien directeur de l’équipe considère que la réussite du nouveau département moteur représente déjà un accomplissement majeur.
Red Bull dispute cette saison son premier championnat en tant que constructeur complet, après avoir développé sa propre unité de puissance à Milton Keynes avec le soutien technique et commercial de Ford. Le projet a été lancé seulement quelques années plus tôt, sans expérience préalable dans la fabrication intégrale d’un moteur de Formule 1.
Le moteur thermique classé comme la référence par la FIA
Les premières évaluations réalisées dans le cadre du système ADUO ont placé le moteur thermique Red Bull Ford au sommet de la hiérarchie. Ce mécanisme compare les performances des V6 à combustion afin d’identifier les constructeurs autorisés à bénéficier d’opportunités supplémentaires de développement.
Selon cette analyse, Red Bull Ford disposerait actuellement du moteur thermique le plus performant du plateau. Cette conclusion est particulièrement remarquable pour un motoriste qui effectue ses débuts face à des constructeurs historiques comme Ferrari, Mercedes, Honda et Audi.
Horner a insisté sur le caractère inattendu de cette réussite. Quelques années auparavant, les bâtiments accueillant aujourd’hui le département moteur n’existaient pas encore. Red Bull a dû construire ses installations, recruter des centaines de spécialistes et développer simultanément ses méthodes de travail, ses outils de production et son premier V6 hybride.

Horner fier d’un projet qu’il avait contribué à lancer
Même s’il ne dirige plus Red Bull depuis juillet 2025, Christian Horner reste étroitement associé à la création de Red Bull Powertrains. Le Britannique figurait parmi les principaux défenseurs de cette stratégie, conçue pour permettre à l’équipe de ne plus dépendre d’un fournisseur extérieur.
Red Bull avait auparavant travaillé avec plusieurs motoristes, dont Renault et Honda. La décision de Honda d’annoncer son retrait officiel à la fin de l’année 2021 avait poussé l’écurie à reprendre davantage de contrôle sur son avenir technique.
L’objectif était de réunir la conception du châssis et celle du moteur sur le même campus à Milton Keynes. Une telle organisation doit permettre aux ingénieurs de développer la monoplace et l’unité de puissance comme un seul ensemble, plutôt que d’adapter le châssis autour d’un moteur fourni par un partenaire extérieur.
Un véritable projet de start-up
La création de Red Bull Powertrains a débuté avec seulement quelques employés installés dans de petits bureaux. En quelques années, la structure est devenue un département réunissant environ 700 personnes.
Ben Hodgkinson, recruté en provenance de Mercedes pour diriger le développement technique, a dû bâtir une organisation pratiquement à partir de zéro. Red Bull a recruté des spécialistes venus de plusieurs entreprises et motoristes, tout en construisant de nouvelles installations comprenant des bancs d’essais, des ateliers d’assemblage et des zones d’analyse des composants.
La rapidité de cette transformation explique en grande partie l’admiration exprimée par Horner. Red Bull ne s’est pas contentée de produire un moteur suffisamment fiable pour prendre le départ des courses. Son V6 s’est immédiatement montré capable de rivaliser avec les unités conçues par les constructeurs les plus expérimentés de la discipline.
Ford et ExxonMobil également salués
Christian Horner a également souligné l’importance des partenaires impliqués dans le programme.
Ford apporte son expertise dans plusieurs domaines, notamment les technologies électriques, les batteries, les logiciels de contrôle et certains aspects liés au développement du moteur thermique. La marque américaine permet également à Red Bull de disposer d’importantes ressources techniques pour accélérer son apprentissage.
ExxonMobil joue de son côté un rôle essentiel dans le développement du carburant et des lubrifiants. Avec la réglementation 2026, les unités de puissance utilisent un carburant durable dont les caractéristiques influencent directement la combustion, la fiabilité et le rendement du moteur.
Pour Horner, le niveau actuel du V6 Red Bull Ford est donc le résultat d’un effort collectif réunissant le personnel de Milton Keynes et les différents partenaires du projet.

Une réussite qui dépasse les attentes initiales
Avant le début de la saison, plusieurs observateurs pensaient que Red Bull aurait besoin de plusieurs années pour atteindre le niveau de Mercedes ou Ferrari.
Le développement d’un moteur moderne de Formule 1 est l’un des défis les plus complexes du sport automobile. Les constructeurs doivent obtenir énormément de puissance tout en respectant des limites strictes concernant la consommation, le carburant, le poids, la fiabilité et les coûts.
Audi, Honda, Mercedes et Ferrari disposent d’une longue expérience dans ce domaine. Red Bull Ford devait en parallèle apprendre à produire ses composants, développer ses procédures de contrôle et gérer les contraintes d’un calendrier complet.
Le fait que son moteur thermique soit déjà considéré comme une référence constitue donc un succès majeur. Laurent Mekies avait lui aussi reconnu plus tôt dans la saison que le projet avait largement dépassé les attentes de l’équipe.
Le classement de la FIA ne raconte pas toute l’histoire
Le verdict favorable concernant le moteur thermique ne signifie toutefois pas que l’unité de puissance Red Bull Ford soit parfaite.
Les monoplaces de 2026 reposent sur une combinaison entre le V6 à combustion et une partie électrique beaucoup plus puissante qu’auparavant. La performance totale dépend donc également de la récupération d’énergie, de son stockage et de son déploiement au cours du tour.
Red Bull rencontre encore certaines difficultés dans ce domaine. Sur les circuits rapides comportant peu de grosses zones de freinage, la RB22 peut manquer d’énergie électrique dans les longues phases d’accélération. Cette faiblesse a notamment été visible à Silverstone, où l’équipe a souffert davantage que prévu.
Des progrès restent aussi nécessaires concernant les procédures de départ et l’intégration générale entre le moteur et le châssis. Le V6 thermique représente donc un point fort, mais la performance de l’ensemble du package dépend encore de plusieurs autres éléments.
Le châssis demeure le principal chantier
Les difficultés de Red Bull au début de la saison 2026 ne semblent pas principalement liées à la puissance du moteur.
La RB22 s’est montrée irrégulière selon les caractéristiques des circuits. Elle peut être compétitive lorsque le tracé correspond à ses qualités, mais souffre davantage dans les virages rapides ou lorsque la gestion de l’énergie devient particulièrement importante.
Laurent Mekies avait estimé que le retard observé face aux meilleures équipes provenait surtout du châssis. Red Bull doit encore améliorer l’équilibre de la voiture, sa stabilité et sa capacité à fonctionner efficacement dans une plus grande variété de conditions.
La réussite du moteur permet néanmoins à l’équipe de concentrer une partie importante de ses efforts sur ces autres faiblesses. Si Red Bull avait également dû combler un déficit majeur de puissance, son programme de développement serait devenu beaucoup plus compliqué.
Un succès qui pourrait paradoxalement limiter le développement
Le classement établi dans le cadre de l’ADUO possède également un effet négatif pour Red Bull.
Comme son moteur thermique est considéré comme la référence, le constructeur ne bénéficie pas des mêmes possibilités supplémentaires de développement que certains de ses concurrents. Ferrari, Mercedes, Audi ou Honda pourraient donc introduire des améliorations destinées à réduire leur retard, tandis que Red Bull serait davantage limitée.
L’écurie a demandé à la FIA de réexaminer les données, estimant que l’évaluation du moteur thermique ne reflétait pas totalement la compétitivité générale de son unité de puissance. Ce réexamen aurait toutefois confirmé les premières conclusions de la Fédération.
Red Bull pourrait ainsi devenir victime de son excellent départ. Le moteur est suffisamment performant pour être exclu du mécanisme de rattrapage, mais l’équipe souhaite encore progresser dans la gestion électrique et l’exploitation complète du groupe propulseur.
Une base importante pour l’avenir de Red Bull
Malgré ces complications, le bilan reste très encourageant.
Construire une usine, recruter plusieurs centaines de personnes et produire un moteur compétitif dès la première saison constitue une réussite stratégique majeure. Red Bull possède désormais le contrôle direct de son châssis et de son unité de puissance, ce qui pourrait devenir un avantage important au cours des prochaines années.
L’équipe pourra adapter plus étroitement l’architecture de sa monoplace aux caractéristiques du moteur. Les ingénieurs des deux départements pourront également travailler ensemble pour améliorer le refroidissement, l’aérodynamique, la récupération d’énergie et la répartition des masses.
Cette indépendance doit permettre à Red Bull de prendre des décisions plus rapidement et de ne plus subir les priorités d’un motoriste fournissant plusieurs équipes.
L’un des principaux héritages de Christian Horner
Le développement de Red Bull Powertrains restera probablement l’un des projets les plus importants lancés sous la direction de Christian Horner.
Pendant ses vingt années à la tête de l’écurie, le Britannique a accompagné Red Bull dans sa transformation, d’une ancienne structure Jaguar en l’une des équipes les plus victorieuses de l’histoire récente de la Formule 1.
La création d’un département moteur constituait l’étape suivante de cette évolution. Même s’il n’était plus en fonction au moment des premiers Grands Prix disputés avec le moteur Red Bull Ford, Horner considère les performances actuelles comme la confirmation que cette décision était justifiée.
Le véritable potentiel du projet devra encore être évalué sur plusieurs saisons. Red Bull doit progresser sur la partie électrique, améliorer sa fiabilité et résoudre les faiblesses de la RB22. Mais son moteur thermique a déjà dépassé de nombreuses attentes.
Pour Horner, c’est précisément cette capacité à rivaliser immédiatement avec Mercedes, Ferrari, Honda et Audi qui représente l’aspect le plus impressionnant du package Red Bull en 2026.