Frédéric Vasseur a levé le voile sur la stratégie Ferrari au Grand Prix des Pays-Bas 2026, après les messages radio frustrés de Lewis Hamilton. Le patron de la Scuderia assume un choix de confidentialité : ne pas exposer trop tôt le plan prévu afin de ne pas renseigner les concurrents. À Zandvoort, cette logique a toutefois rencontré une course mouvante, une confusion autour de l’arrêt de Charles Leclerc et une voiture de sécurité virtuelle qui a finalement changé le scénario.

Ferrari a terminé quatrième et cinquième avec Hamilton et Leclerc, à moins d’une seconde du podium de George Russell. Le résultat donne forcément un poids particulier aux échanges entendus à la radio. Mais l’explication livrée par Vasseur, dans l’entretien officiel de Formula 1, permet de séparer l’objectif initial, les imprévus et ce que l’équipe devra mieux exécuter.
Frédéric Vasseur assume la confidentialité stratégique
La première explication de Frédéric Vasseur concerne l’information elle-même. Ferrari ne voulait pas détailler son intention à Hamilton à ce moment de la course, afin de ne pas offrir aux équipes rivales une indication exploitable sur le relais à venir. En Formule 1, les radios sont publiques et un plan annoncé trop clairement peut influencer la réaction d’un adversaire, le rythme qu’il choisit ou le moment de son arrêt.
Cette prudence ne signifie pas que le pilote doit être laissé sans repère. Elle révèle plutôt une tension classique de la stratégie : conserver un avantage compétitif tout en donnant au pilote les éléments nécessaires pour gérer ses pneus, son rythme et ses dépassements. Vasseur estime que les deux pilotes disposeront d’une vision claire de la course au débriefing. C’est là que Ferrari devra vérifier si le niveau d’information donné en direct était suffisant.
Le tour supplémentaire de Charles Leclerc a brouillé le message
Hamilton s’est retrouvé dans le sillage de Leclerc avec des pneus plus frais et une approche différente. Il jugeait pouvoir rouler plus vite, tandis que Leclerc devait s’arrêter. Selon Vasseur, Ferrari a prolongé son relais d’un tour supplémentaire, ce qui a créé une confusion. Quand Leclerc a finalement rejoint les stands, Hamilton a été libéré mais a exprimé son agacement à la radio.
Ce point ne prouve pas, à lui seul, qu’une place a été perdue. Il établit en revanche que la coordination entre les deux Ferrari n’a pas été parfaitement lisible au moment où leurs stratégies divergeaient. La différence est importante : une décision peut être défendable sur le papier tout en appelant une exécution plus nette dans le cockpit. Hamilton a d’ailleurs expliqué son ressenti et son envie de gagner dans notre article consacré à ses messages radio.
Avant la VSC, Ferrari envisageait d’aller jusqu’au bout avec Hamilton
Le point le plus révélateur est le plan attribué à Lewis Hamilton avant la fin de course. Vasseur confirme que Ferrari envisageait de le garder en piste jusqu’au drapeau à damier. Hamilton, alors sur des pneus qui se dégradaient, a été dépassé par Lando Norris puis Andrea Kimi Antonelli. L’apparition tardive d’une voiture de sécurité virtuelle a ensuite offert une fenêtre pour l’arrêter.
La VSC n’a donc pas créé la stratégie ; elle a modifié l’exécution d’un plan qui privilégiait initialement la position en piste. Vasseur considère que rester dehors aurait été le bon choix sans cette neutralisation. Le changement n’est pas contradictoire : dans une course de 72 tours, une VSC réduit le coût relatif d’un arrêt et oblige les équipes à réévaluer la hiérarchie en quelques secondes.

Des écarts de pneus trop faibles pour une lecture simple
Vasseur insiste également sur la difficulté à évaluer les composés. La piste avait séché après les averses et les différences de rendement entre les gommes restaient limitées. Norris avait notamment changé de composé entre les deux départs, sans qu’une solution ne se détache nettement. Ferrari a dû apprendre du comportement de ses adversaires au fil de la course et adapter son plan.
Cette donnée relativise l’idée d’une stratégie évidente, mais elle n’efface pas la nécessité d’une communication précise. Plus les scénarios sont proches, plus le pilote a besoin de comprendre l’objectif immédiat : prolonger, défendre, attaquer ou préparer un arrêt. La stratégie ne se réduit pas au choix d’un pneu ; elle comprend aussi la façon dont l’information circule entre le muret et la voiture.
Ferrari reconnaît une exécution imparfaite malgré un rythme solide
Dans le bilan d’équipe publié après la course, Frédéric Vasseur a qualifié le rythme de course de correct mais l’exécution d’imparfaite. Ferrari a notamment perdu une position face à Oscar Piastri au second départ et a connu un arrêt lent. Il estime également que le principal déficit du week-end se situait davantage en qualifications qu’en course. Ces éléments expliquent pourquoi la Scuderia est restée au pied du podium malgré deux voitures capables de mettre Russell sous pression.
Le classement officiel confirme l’extrême proximité : Russell termine troisième à 15,906 secondes du vainqueur, Hamilton quatrième à 16,755 secondes et Leclerc cinquième à 17,258 secondes. Retrouvez aussi notre récit complet du Grand Prix de Zandvoort pour le contexte de la victoire de Norris et du double podium Mercedes.
Les enseignements stratégiques de Ferrari
- préserver la confidentialité peut être utile, mais l’objectif du pilote doit rester intelligible ;
- un tour supplémentaire entre deux voitures de la même équipe exige une communication particulièrement claire ;
- la VSC peut inverser le coût d’un arrêt et impose une décision immédiate ;
- le travail de Ferrari porte aussi sur les qualifications et l’exécution des arrêts, pas seulement sur la stratégie.
La stratégie Ferrari à Zandvoort n’est donc ni un simple malentendu ni une recette qui aurait forcément livré le podium. Frédéric Vasseur défend un plan façonné par la confidentialité et par un marché des pneus difficile à lire. Les radios de Hamilton rappellent, elles, que la valeur d’un bon plan dépend aussi de sa compréhension en temps réel. C’est cette articulation que Ferrari devra affiner avant Monza.