Isack Hadjar chez Red Bull est-il enfin le pilote capable de résister à la comparaison avec Max Verstappen ? Après onze manches de la saison 2026, les données offrent au Français un début de réponse encourageant. Son retard moyen en qualifications dépasse à peine un dixième, tandis que seulement 41 points séparent les deux pilotes au championnat.
Ces chiffres rompent avec les écarts considérables enregistrés par plusieurs titulaires du deuxième baquet Red Bull depuis le départ de Daniel Ricciardo. Ils ne suffisent cependant pas à déclarer la « malédiction » terminée. La moitié de saison restante devra confirmer que cette proximité peut durer, se traduire par des podiums et résister aux week-ends difficiles.

Isack Hadjar chez Red Bull : un dixième qui change le regard
L’analyse publiée par Formula1.com compare le retard moyen des coéquipiers de Max Verstappen en qualifications depuis 2017, première saison complète du Néerlandais chez Red Bull. Pour limiter l’effet de la longueur très différente des circuits, les tours ont été normalisés sur une durée de 90 secondes.
Dans ce cadre, Hadjar concède un peu plus de 0,1 seconde à Verstappen. Aucun équipier du quadruple champion du monde n’avait fait mieux depuis Ricciardo. La donnée est d’autant plus notable que le Français ne dispute que sa deuxième saison en Formule 1 et découvre à la fois une nouvelle équipe, la RB22 et le règlement technique 2026.
Un dixième moyen ne signifie pas que les deux pilotes sont systématiquement séparés par cette marge. Il résume des qualifications disputées sur des circuits et dans des conditions différents. Mais il montre que Hadjar reste assez près pour ne pas laisser Verstappen évoluer dans une catégorie isolée, comme cela s’est souvent produit ces dernières années.
Ricciardo reste la référence face à Verstappen
Daniel Ricciardo demeure le meilleur point de comparaison. En 2017, son retard moyen en qualifications tournait autour d’un demi-dixième. En 2018, l’écart est monté à un peu moins de deux dixièmes, une valeur que Hadjar améliore actuellement.
La suite de l’histoire du deuxième baquet Red Bull a été nettement plus brutale. Pierre Gasly et Alex Albon ont chacun concédé environ une demi-seconde en moyenne en 2019. Albon a encore dépassé ce seuil en 2020. Sergio Pérez s’est retrouvé à plus d’une demi-seconde en 2023, malgré une saison terminée à la deuxième place du championnat.
Yuki Tsunoda a connu l’écart le plus important de la période étudiée en 2025, avec un déficit légèrement supérieur à six dixièmes. Ces différences ont nourri l’idée d’un siège impossible à occuper, entre une voiture exigeante, une référence exceptionnelle dans l’autre garage et la pression permanente exercée sur le pilote concerné.
Le parcours de Liam Lawson illustre également la fragilité de cette position. Promu au début de la saison 2025, le Néo-Zélandais est retourné chez Racing Bulls après seulement deux Grands Prix. Son redressement est raconté dans notre article consacré aux clés du retour au premier plan de Liam Lawson.
Un écart de 41 points après onze manches
La comparaison en qualifications est confirmée, au moins partiellement, par le championnat. Les classements officiels de la FIA créditent Verstappen de 109 points et Hadjar de 68 après onze manches. Le Français se trouve donc à 41 unités de son coéquipier.
L’écart est réduit à l’échelle de l’histoire récente de Red Bull. En 2025, Verstappen avait terminé 388 points devant Tsunoda. Deux ans plus tôt, il avait devancé Pérez de 290 points, même si le Mexicain avait malgré tout assuré le doublé au championnat pour l’écurie.
Ricciardo reste là encore le modèle. Il est le seul coéquipier à avoir marqué davantage que Verstappen lors d’une saison commune chez Red Bull : 200 points contre 168 en 2017. L’année suivante, Verstappen a pris l’avantage avec 79 unités de plus. Ce dernier chiffre représente le plus petit déficit enregistré sur une saison complète par un équipier battu par le Néerlandais.

Pourquoi la comparaison doit rester prudente
Les 41 points de retard de Hadjar sont mesurés après onze rendez-vous, alors que les écarts historiques cités pour Ricciardo, Pérez ou Tsunoda portent sur des saisons complètes. Une simple projection serait trompeuse : la deuxième moitié du calendrier peut amplifier ou réduire très rapidement la différence.
Les points dépendent aussi de la fiabilité, des pénalités et des incidents. Hadjar a notamment connu deux abandons lors des quatre premières manches. À Miami, il a également été exclu des qualifications pour une irrégularité technique avant de partir de la voie des stands. À l’inverse, son rythme lui a permis de convertir plusieurs occasions en arrivées solides dans les points.
Le nouveau règlement 2026 complique encore les comparaisons entre époques. Verstappen et Hadjar ont découvert la RB22 en même temps, alors que certains prédécesseurs rejoignaient une monoplace déjà développée autour des habitudes du Néerlandais. Ce nouveau départ réglementaire a probablement réduit une partie du désavantage initial, sans effacer la difficulté de se mesurer à lui.
Une régularité construite après un début difficile
Hadjar n’a pas commencé la saison comme un pilote déjà installé. Il a reconnu avoir mal exécuté certaines tâches simples au cours des premières manches, tout en se montrant rapidement compétitif sur un tour. Cette contradiction a progressivement disparu à mesure que Red Bull corrigeait des problèmes de fiabilité et que le Français comprenait mieux sa voiture.
Sa quatrième place à Monaco reste son meilleur résultat de la saison. À Spa, une pénalité moteur l’a envoyé au fond de la grille, mais Red Bull a choisi un circuit propice aux dépassements pour absorber cette sanction. Le pari a fonctionné : Hadjar est remonté jusqu’au sixième rang, une course qualifiée de meilleure prestation avec l’équipe par Laurent Mekies. F1 Univers avait analysé cette remontée d’Isack Hadjar à Spa.
Le Français a ensuite expliqué que la RB22 n’était pas facile à conduire, mais qu’elle restait cohérente. Cette prévisibilité lui permet de chercher la limite sans devoir réapprendre totalement le comportement de la monoplace à chaque séance. Sa priorité porte désormais sur la gestion des courses, domaine dans lequel il considère Verstappen encore nettement supérieur.
Le deuxième baquet Red Bull reste une épreuve mentale
Les difficultés de Gasly, Albon, Pérez, Lawson et Tsunoda ne s’expliquent pas par une cause unique. Tous ont dû affronter la combinaison d’une voiture sensible, d’un environnement exigeant et d’un coéquipier capable d’exploiter des équilibres qui paraissent inconfortables aux autres pilotes.
Hadjar connaissait cette histoire avant sa promotion. Dans un entretien officiel publié en juillet, il a reconnu avoir ressenti du doute et de la pression en rejoignant Verstappen. Il estimait néanmoins que sa première moitié de saison se déroulait globalement comme il l’avait souhaité et qu’il avait gagné en constance.
La différence se joue peut-être dans son approche. Hadjar ne cherche pas à battre Verstappen sur chaque tour pour justifier immédiatement sa place. Il se concentre sur les éléments qu’il peut encore apprendre, notamment la gestion des pneus, de l’énergie et du rythme sur une distance complète. Cette méthode limite le risque de tomber dans une surenchère permanente.
Le contexte interne a également changé. Les décisions rapides prises autrefois par Red Bull restent dans les mémoires, mais Laurent Mekies insiste davantage sur la progression et la compréhension technique. Le discours initial adressé aux titulaires pouvait être bien plus sévère, comme l’avait raconté Sergio Pérez au sujet de son arrivée chez Red Bull et des attentes de Christian Horner.
Hadjar a-t-il vraiment brisé la malédiction Red Bull ?
À ce stade, Hadjar a surtout neutralisé le scénario qui condamnait presque automatiquement le deuxième pilote à plusieurs dixièmes et à un gouffre au championnat. Être le plus proche de Verstappen depuis Ricciardo constitue déjà une réussite statistique importante.
Il est toutefois trop tôt pour parler de malédiction définitivement levée. Hadjar doit encore maintenir son écart moyen lorsque la pression du championnat augmentera, limiter les week-ends sans points et démontrer qu’il peut accompagner Verstappen sur le podium. Son objectif déclaré est précisément de disputer une course où il pourra se battre pour une place dans le top trois.

Trois défis pour confirmer en deuxième moitié de saison
Le premier défi sera de conserver cette proximité en qualifications. Un écart moyen légèrement supérieur à un dixième place régulièrement Hadjar dans une zone stratégique utile pour Red Bull, mais quelques séances manquées suffiraient à faire rapidement monter la moyenne.
Le deuxième concerne les dimanches. Ses 68 points témoignent déjà d’une bonne capacité à convertir ses performances, mais un premier podium avec Red Bull donnerait une autre dimension à sa saison. Il confirmerait que la vitesse observée sur un tour peut survivre à la gestion complète d’un Grand Prix.
Le troisième touche au développement de la RB22. Un deuxième pilote performant ne sert pas uniquement à marquer des points : il offre à l’équipe une deuxième référence technique et oblige les rivaux à surveiller deux stratégies. Si Hadjar continue d’apporter des données proches de celles de Verstappen, Red Bull pourra aussi mieux distinguer les limites de la voiture des préférences propres à chaque pilote.
Les statistiques actuelles autorisent donc une conclusion mesurée : Isack Hadjar n’a pas encore brisé la malédiction du deuxième baquet, mais il en a déjà cassé le mécanisme le plus visible. Pour la première fois depuis Ricciardo, le garage voisin de Verstappen ne paraît plus condamné à une comparaison écrasante.
Crédits photos
Photo 1 : Isack Hadjar au Grand Prix de Chine 2026 — Liauzh / Wikimedia Commons — CC BY 4.0 — version redimensionnée pour le Web.
Photo 2 : Max Verstappen au Grand Prix de Chine 2026 — Liauzh / Wikimedia Commons — CC BY 4.0 — version redimensionnée pour le Web.
Photo 3 : Portrait d’Isack Hadjar au Grand Prix d’Australie 2026 — Yu Chu Chin / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0 — recadrage d’une image d’origine et version redimensionnée pour le Web.