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L’appel Gasly à Monaco reste sans verdict trois jours après l’audience de la Cour d’appel internationale de la FIA. McLaren et Red Bull contestent l’annulation des deux pénalités de cinq secondes infligées à Pierre Gasly lors du Grand Prix 2026, mais la complexité du dossier écarte une réponse immédiate.
Le différend dépasse la seule troisième place du pilote Alpine. Les commissaires ont conclu après la course que la distance utilisée pour calculer la vitesse dans la première zone de la voie des stands était erronée. Gasly a ainsi récupéré son podium, tandis qu’Isack Hadjar et Oscar Piastri ont perdu une position. D’autres pilotes avaient pourtant déjà purgé des sanctions fondées sur le même système.
L’audience s’est tenue le 25 août 2026 à Paris, à huis clos. La FIA promet une publication dès que la décision sera prête, sans fixer de date. Les informations disponibles évoquent encore deux à trois semaines d’attente, estimation cohérente avec une journée entière d’arguments juridiques, mais qui ne constitue pas un délai officiel.
Appel Gasly à Monaco : où en est la procédure ?
La procédure porte le numéro ICA-2026-06-07-08-09. McLaren Racing et Red Bull Racing ont saisi la Cour d’appel internationale contre deux décisions contenues dans le document 99 des commissaires, ainsi que contre la classification et les points révisés après le Grand Prix de Monaco.
La convocation officielle de la FIA confirme que l’audience a commencé à 9 heures le mardi 25 août au siège parisien de la fédération. À la demande des parties et sur décision du panel, ni le public ni les médias ne pouvaient y assister. Aucun compte rendu détaillé des échanges n’a donc été publié.
Cette Cour ne réexamine pas simplement un tour de course comme le feraient les commissaires le dimanche soir. Elle doit évaluer la régularité et le bien-fondé de la décision rendue après le droit de révision d’Alpine, puis mesurer ses conséquences sur les autres concurrents. C’est ce double enjeu, technique et juridique, qui explique la durée annoncée.
Comment deux pénalités ont déplacé le podium
Le 7 juin, Gasly a franchi la ligne en troisième position. Les chronométreurs avaient cependant signalé deux excès de vitesse dans la voie des stands : 60,1 km/h puis 60,4 km/h, pour une limite fixée à 60 km/h à Monaco. Les commissaires lui ont ajouté deux pénalités de cinq secondes après la course.
Le Français est alors passé de la troisième à la septième place. Isack Hadjar a hérité du podium, Piastri a gagné une position et les classements des pilotes et des constructeurs ont été ajustés. Alpine a immédiatement utilisé son droit de révision prévu par l’article 14 du Code sportif international.
Le 12 juin, les commissaires ont accepté un élément nouveau, significatif et pertinent qui n’était pas disponible lors des décisions initiales. Ils ont annulé les deux sanctions, replacé Gasly troisième et ordonné un nouveau calcul des points. La Formule 1 a confirmé le podium rétabli le même jour.
Pourquoi la mesure de vitesse était contestable
La vitesse dans la voie des stands n’est pas lue comme un chiffre instantané sur le tableau de bord. Le système officiel calcule une moyenne : il divise la distance entre deux boucles de chronométrage par le temps nécessaire à la voiture pour passer de l’une à l’autre.
À Monaco, neuf zones de mesure couvraient la voie des stands. Les six rapports d’excès de vitesse de la course concernaient tous la première zone, juste après l’entrée. Ils visaient Lewis Hamilton, George Russell, Franco Colapinto, Oscar Piastri et deux passages de Gasly. Cinq des six valeurs signalées étaient proches ou égales à 60,1 km/h, une répétition qui avait déjà surpris les commissaires.
Le chronométreur avait configuré cette première zone avec une distance de 2 692 cm. Une analyse LiDAR postérieure a identifié une distance théorique minimale de 2 615 cm, soit 77 cm de moins. Le changement des barrières entre 2025 et 2026 permettait apparemment une trajectoire plus courte qu’auparavant.
Avec cette distance de 2 615 cm, les deux passages de Gasly auraient produit des moyennes de 58,7 et 58,8 km/h. La trajectoire théorique la plus courte n’était pas totalement praticable en raison de la largeur de la voiture et des courbes, mais les commissaires ont estimé que l’écart demeurait suffisant pour conclure que la monoplace n’avait pas dépassé 60 km/h.

Pourquoi McLaren et Red Bull ont fait appel
McLaren et Red Bull ne soutiennent pas nécessairement que Gasly roulait réellement trop vite. Leur argument central concerne l’équité entre les concurrents. Certaines équipes ont adapté leurs procédures au système officiel et leurs pilotes ont purgé les sanctions pendant la course, ce qui a modifié leurs stratégies de manière irréversible.
Oscar Piastri a notamment servi sa pénalité avant l’arrivée. George Russell a tenté de faire de même, mais une erreur lors de l’arrêt lui a valu un passage supplémentaire par la voie des stands. Gasly, dont les deux sanctions ont été ajoutées après le drapeau à damier, pouvait encore les contester sans avoir déjà perdu du temps en piste.
Un précédent plus important que les seuls points
McLaren craint qu’une annulation postérieure encourage un concurrent à ne pas purger immédiatement une pénalité lorsque le contexte lui permet d’attendre. L’équipe assure que son recours vise la cohérence du processus plutôt qu’Alpine. Red Bull possède aussi un intérêt sportif direct : l’annulation a retiré à Hadjar la troisième place de Monaco.
Le communiqué d’appel de McLaren insiste sur la cohérence réglementaire et l’intégrité de la compétition. Pour Red Bull, le classement d’Hadjar est également en jeu, un élément qui accompagne sa progression analysée dans notre article sur l’adaptation d’Isack Hadjar chez Red Bull.
Pourquoi aucune solution ne répare parfaitement Monaco
Le document 99 reconnaît ouvertement le problème. Les commissaires n’avaient pas le pouvoir de rendre le temps déjà perdu aux pilotes qui avaient purgé leur pénalité. Même si leur vitesse avait elle aussi été surestimée, il serait impossible de reconstruire les positions, les arrêts et les batailles qui auraient suivi sans ces sanctions.
Rétablir les pénalités de Gasly produirait cependant une autre injustice si les données ne permettent pas de démontrer qu’il a enfreint la limite. Les commissaires ont considéré, avec le niveau de preuve requis, que sa voiture n’avait pas dépassé 60 km/h. Le dilemme oppose donc l’exactitude individuelle à l’égalité de traitement.
L’appel Gasly à Monaco doit clarifier ce qui prime lorsqu’une mesure officielle se révèle défaillante après que certains concurrents ont déjà agi sur cette base. La réponse comptera pour les futurs droits de révision, pas seulement pour le trophée et les points de cette course.
Ce débat rappelle l’importance de séparer la critique d’une procédure des attaques personnelles contre les officiels. Notre article sur les commissaires FIA et les critiques publiques détaille cette frontière : la transparence des décisions peut être exigée sans mettre en cause les individus.

Ce que le verdict peut changer
Si les recours sont rejetés, la décision du 12 juin reste en place : Gasly conserve sa troisième place, Hadjar demeure quatrième et les points révisés sont maintenus. Si la Cour donne raison aux appelants sur les décisions contestées, le classement et les totaux de championnat pourraient devoir être modifiés une nouvelle fois selon les termes précis du jugement.
La portée la plus durable sera probablement l’interprétation du processus. La Cour peut apporter une référence sur la manière de traiter une pénalité fondée sur une mesure officielle ultérieurement jugée inadaptée, surtout lorsque d’autres concurrents ont déjà exécuté une sanction semblable.
À ce stade, affirmer que Gasly perdra ou conservera nécessairement son podium serait prématuré. La FIA n’a publié que la tenue de l’audience et l’engagement de diffuser la décision dès que possible. Le délai de deux à trois semaines reste une estimation rapportée, non une échéance réglementaire.
Ce qu’il faut retenir
L’appel Gasly à Monaco oppose McLaren et Red Bull à la décision qui a annulé deux pénalités de cinq secondes et rendu la troisième place au pilote Alpine. L’erreur centrale concerne 77 cm dans la distance utilisée entre deux boucles de chronométrage, assez pour fausser les vitesses moyennes calculées.
La Cour d’appel internationale a entendu les parties le 25 août à huis clos. Aucun verdict n’est publié au 28 août 2026. L’attente s’explique autant par le classement de Monaco que par une question plus large : comment préserver l’équité lorsque la correction d’une erreur ne peut plus restituer le temps perdu aux autres pilotes ?
Sources : Motorsport.com France, décision 99 des commissaires, avis d’audience de la FIA et notification d’appel de McLaren.