
Le programme jeunes pilotes Audi ne se limite pas à rechercher le prochain titulaire de l’écurie allemande en Formule 1. Derrière Freddie Slater et Emma Felbermayr, les deux premiers talents intégrés à cette structure, Audi veut construire un accompagnement complet : pilotage, ingénierie, préparation physique, communication et équilibre personnel. Une approche de long terme dirigée par Allan McNish, pour qui former un pilote signifie également préparer une personne à affronter la réalité parfois brutale du sport automobile.

Audi veut bâtir une filière, pas seulement trouver un futur titulaire
Audi a officiellement lancé son Driver Development Programme en janvier 2026, avant sa première saison comme écurie d’usine en Formule 1. La création de cette académie avait toutefois commencé bien plus tôt. Allan McNish explique avoir travaillé sur ses principes dès 2023, avant une phase de préparation en 2024 et une mise en place progressive durant l’année 2025.
L’objectif sportif reste évident : identifier des pilotes capables d’atteindre la F1 et les préparer suffisamment bien pour qu’ils puissent saisir une opportunité lorsqu’elle se présentera. Mais avec seulement 22 places disponibles sur la grille, limiter la réussite du programme à l’arrivée d’un jeune en Formule 1 serait trop réducteur.
Audi souhaite aussi développer des professionnels capables de construire une carrière durable dans le sport automobile. Cette philosophie rejoint la stratégie plus large de la marque, qui présente sa filière comme un investissement dans les talents sur la piste comme en dehors. Le constructeur veut progressivement créer sa propre culture, avec des pilotes, des ingénieurs et des spécialistes formés aux exigences de son projet.
Freddie Slater et Emma Felbermayr, deux parcours complémentaires
Freddie Slater a été le premier pilote recruté par le programme. Le Britannique poursuit son apprentissage en Formule 3 avec Trident après une progression remarquée dans le karting, la Formule 4 et la Formule Régionale. Son potentiel avait été identifié par McNish plusieurs années avant le lancement officiel de l’académie.
Emma Felbermayr représente Audi en F1 Academy. L’Autrichienne bénéficie d’un accompagnement adapté à son expérience et aux exigences physiques croissantes des catégories de monoplaces. Son intégration dans le projet avait été anticipée dès sa première saison dans le championnat féminin afin de lui laisser le temps d’apprendre sans subir immédiatement toute la pression médiatique liée à Audi.
Les deux pilotes n’ont donc ni le même parcours, ni les mêmes besoins. Pour McNish, un programme de développement doit fonctionner comme un organisme vivant. Les outils utiles à un jeune de 14 ans ne sont plus forcément adaptés quelques saisons plus tard. La structure doit évoluer au même rythme que les pilotes, sur le plan sportif comme humain.
Cette approche personnalisée explique également la présence de Carrie Schreiner. L’ancienne pilote de F1 Academy intervient comme mentor auprès de Felbermayr. Son expérience directe de la compétition lui permet d’aider la jeune Autrichienne à mieux anticiper le déroulement d’un week-end, les difficultés du paddock et les situations imprévues.
La vitesse ne représente qu’une partie de la formation
Le chronomètre reste le premier critère du sport automobile, mais Audi considère que la vitesse brute ne suffit plus pour préparer un pilote moderne. Le programme officiel de développement d’Audi couvre plusieurs domaines qui influencent directement la performance et la carrière.
Les jeunes pilotes travaillent notamment avec des spécialistes de la préparation physique et médicale. Felbermayr a ainsi bénéficié d’évaluations complètes destinées à mesurer son état physique et à construire un entraînement adapté. L’enjeu n’est pas seulement d’être suffisamment forte pour sa monoplace actuelle, mais de préparer son corps aux catégories plus rapides et plus exigeantes qui pourraient suivre.
L’ingénierie occupe une place tout aussi importante. Giampaolo Dall’Ara, qui travaillait auparavant à la tête de l’ingénierie de course de l’équipe, a rejoint le dispositif consacré au développement des pilotes. Comprendre les données, formuler un retour précis et collaborer efficacement avec les ingénieurs sont devenus des éléments essentiels pour progresser dans les formules de promotion.
Audi propose également un accompagnement en communication, en marketing et dans la gestion des médias. Après chaque week-end, Slater échange avec les responsables du programme afin d’analyser son travail, d’identifier ses points faibles et de déterminer les prochaines priorités. Ces discussions complètent l’analyse purement sportive menée avec son équipe de Formule 3.

Allan McNish veut apprendre aux jeunes à faire les « bonnes erreurs »
La présence d’Allan McNish apporte au programme une expérience particulièrement large. Le triple vainqueur des 24 Heures du Mans a connu la Formule 1 comme pilote, les succès d’Audi en endurance, la gestion d’une équipe en Formule E et, désormais, les responsabilités de directeur de la compétition de l’écurie Audi F1.
Son rôle ne consiste pas à empêcher Slater et Felbermayr de commettre des erreurs. McNish estime au contraire qu’un jeune pilote doit disposer d’un environnement où il peut se tromper, comprendre ce qui s’est passé et apprendre à rebondir. La progression ressemble à une longue université dans laquelle le comportement adopté après un échec compte autant que l’échec lui-même.
Gabriel Bortoleto illustre cette évolution rapide. Le Brésilien figurait, avec Slater, parmi les premiers jeunes étudiés par McNish lorsque le programme était encore en préparation. En l’espace de deux ans, il est passé du statut d’espoir observé en Formule 3 à celui de pilote Audi en Formule 1. Son parcours rappelle à quel point la maturité d’un pilote peut changer en quelques saisons.
McNish conserve donc une relation très directe avec les membres de l’académie. Slater le décrit comme une sorte de second père, capable de lui expliquer les mécanismes du sport automobile au-delà des résultats d’une course. L’Écossais suit les séances de Formule 3, échange régulièrement avec les familles et observe également d’autres jeunes susceptibles de rejoindre la filière à l’avenir.
Protéger les pilotes d’une exposition trop rapide
La gestion de la pression fait partie des priorités du programme. Les jeunes pilotes doivent travailler intensément pour se distinguer, mais une accumulation permanente de courses, d’entraînements, d’obligations médiatiques et de publications sur les réseaux sociaux peut rapidement devenir contre-productive.
Audi a volontairement limité l’exposition de Felbermayr sur les réseaux sociaux pendant sa première année. L’objectif était de lui permettre de progresser avant de l’associer pleinement à l’image du nouveau projet F1. La même méthode est appliquée à Slater : bien qu’il ait été lié à Audi avant l’annonce officielle, ses apparitions dans le paddock ont été organisées progressivement.
Cette prudence tranche avec la tentation de transformer immédiatement un jeune talent en produit médiatique. Audi veut que ses pilotes découvrent les responsabilités commerciales et publiques au moment où ils sont capables de les assumer, sans détourner leur attention de leur apprentissage.
Une responsabilité qui continue même sans arrivée en F1
Le passage des formules de promotion à la Formule 1 reste extrêmement sélectif. Tous les membres d’une académie ne peuvent pas obtenir un volant, même lorsqu’ils possèdent de réelles qualités. McNish considère donc que les équipes ont une responsabilité morale envers les jeunes qu’elles accompagnent.
Son propre parcours lui a appris ce que représente une porte qui se ferme sans explication claire. Cette expérience nourrit sa volonté de préparer Slater, Felbermayr et les futurs membres du programme à une vie professionnelle qui ne dépend pas uniquement d’un baquet en F1.
La formation technique, la compréhension du travail collectif, la communication et la gestion de la pression peuvent ouvrir d’autres possibilités dans le sport automobile. Un pilote peut poursuivre sa carrière en endurance, en GT, en monoplace ou évoluer vers des fonctions de développement et d’encadrement. La valeur du programme se mesurera donc aussi à sa capacité à donner un avenir à ceux qui n’atteindront pas la catégorie reine.
Deux objectifs sportifs clairement définis pour Audi
Audi conserve néanmoins deux ambitions compétitives précises. La première consiste à former un pilote capable de prendre place dans une Formule 1. La seconde est de construire un projet capable de gagner en F1 Academy, puis d’accompagner les pilotes au-delà de ce championnat.
La marque aux quatre anneaux rappelle qu’elle a déjà travaillé avec plusieurs femmes importantes dans son histoire sportive, parmi lesquelles Michèle Mouton, Rahel Frey et Tamara Vidali. La présence de Felbermayr ne doit donc pas être considérée comme une opération isolée, mais comme un volet durable de la stratégie de développement d’Audi.
La prochaine étape sera d’identifier d’autres profils. McNish veut trouver les futurs équivalents de Slater et Felbermayr, non pas pour les remplacer, mais pour compléter la structure et créer une véritable continuité entre le karting, les formules de promotion et le sommet du sport automobile.
Le communiqué de lancement d’Audi associait déjà cette filière à l’ambition de construire une équipe gagnante à l’horizon 2030. À long terme, le succès ne dépendra donc pas uniquement du nom d’un pilote promu en F1. Il reposera sur la capacité d’Audi à créer un environnement qui améliore les performances, protège les jeunes talents et leur transmet une culture commune.